Se conformer+gender roles+je divague.

Publié: 30 octobre 2012 dans Pointless ramblings/Vaines divagations
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J’ai beaucoup ressenti la pression de me conformer à la vision des autres. J’ai toujours essayé, et souvent avec succès, de me changer afin de correspondre à ce qu’on attendait de moi. Parfois c’était exactement le contraire: je faisais tout pour choquer, contredire, sortir du moule. Mais trop souvent je me suis conformée à une vision externe de ce que je devais être.

Ce qui m’inquiète vraiment là-dedans, c’est que je l’ai fait sans m’en rendre compte.

Prenons un exemple très simple: mon homosexualité.

Pendant les quinze premières années de ma vie, j’ai complètement ignoré le fait que les garçons ne m’attiraient pas. Moi, je faisais tout pour les attirer; je me sentais valorisée par ma capacité d’intéresser les gars. Si j’avais une très belle relation d’amitié avec un garçon, je venais systématiquement la gâcher en me convaincant que ce que je ressentais pour lui, au fond, c’était de l’amour. Même quand ça m’entraînait dans une relation qui me mettait mal à l’aise, et qui systématiquement finissait mal, voire très mal. Je me rappelle d’une certaine relation dans laquelle j’étais si mal à l’aise, que chaque fois que mon copain m’embrassait, je détournais la tête après quelques secondes en riant nerveusement. J’y repense, et je me sens mal pour le pauvre gars, qui me demandait sans cesse, «pourquoi tu ris? Pourquoi tu ris quand je t’embrasse?». Moi, je riais car c’était une excuse pour me détourner, mais je ne m’en rendais même pas compte. J’étais tellement mal, après quelques semaines je faisais tout pour l’éviter.

J’ai commencé quelques relations pour de très mauvaises raisons, et y ait mis fin en prétextant toutes sortes de conneries, en mentant à moi et à mon copain.

Durant toutes ces années, j’étais très féminine dans mon apparence. À l’école, je portais presque toujours une jupe. Je portais mes cheveux longs, détachés, je me maquillais, j’aimais les «trucs de filles»; magasiner, potiner, danser, flirter avec les mecs, etc. J’aurais séduit tous les garçons de mon école si j’avais pu. C’est là-dessus que je basais mon estime de moi…

Quand j’ai «découvert» mon attirance pour une fille, ça a été un long voyage. J’ai commencé par, «je suis hétéro, j’aime juste CETTE fille-là, elle est spéciale», suivi de «je suis bi, mais plus attirée par les hommes», puis de «juste bi» pour finalement finir à «oh, my god… je crois que je suis lesbienne».

Il y a eu, soudainement, d’énormes différences dans mon apparence. Je me suis coupé les cheveux courts. J’ai complètement –je dis bien COMPLÈTEMENT– arrêté de porter des jupes, des robes; je disais que ça me faisait ressembler «à une drag-queen». Je ne portais plus de bijoux, à part une bague au pouce (une bague d’homme, d’ailleurs) et une chaîne, parfois. J’ai complètement arrêté de me maquiller. Je suis devenue plus renfermée, moins expressive, moins enthousiaste. Je ressemblais à un gars. Une fois, je ne me suis pas reconnue sur une photo qui venait tout juste d’être prise, car je croyais que c’était un gars! J’ai expérimenté me bander les seins, j’ai porté des brassières de sport dans la vie quotidienne car ça cachait mes seins. Je m’habillais de façon très masculine. Je ne portais aucune couleur fluo. J’ai appris à marcher comme un gars, avec les hanches vers l’avant, mais les épaules fermées pour cacher mes seins. Moi qui avait autrefois pris un tel plaisir à attirer l’attention des gars, et qui y arrivait sans trop de problèmes (me faire ‘cruiser’ par un inconnu ou dévisager), j’étais devenue invisible aux yeux des hommes qui m’entouraient. Je n’osais pas avoir d’amies filles, pour ne pas tomber en amour, ou qu’elles croient que je sois attirée par elles si je montrais de l’amitié. Je n’arrivais pas à réconcilier pour amour pour l’art et mon lesbianisme. J’ai tant souhaité être un homme gay, pour pouvoir faire des maniérismes et être un artiste! Je ne voulais pas travailler dans la construction…

Ça m’a pris du temps à me sortir de ce moule dans lequel je m’étais moi-même enfermée. En fait, ça m’a pris Emilie Autumn.

J’avais associé être une fille à être une victime. À être faible. Ça a pris ce modèle pour apprendre que «crazy little girls can still be heroes»… qu’on peut être une femme et être forte.

Ça m’a pris moi-même pour m’enseigner qu’on est pas obligé de ressembler aux stéréotypes. Qu’on peut avoir une âme d’artiste même si on est lesbienne. Qu’on peut aimer les filles et le rouge à lèvres.

J’y repense, et ça m’enrage d’avoir vécu tout ça. Je voudrais bien mettre le blâme sur la société, qui présente si peu de « role models » lesbiens, qui véhicule des stéréotypes ou nous ignore… mais je sais que ça serait trop facile. Oui, l’image des lesbiennes véhiculée par la société (quand on ne les ignore pas complètemement) est obtuse. Mais il y a de ma propre insécurité et de ma propre impossibilité à me forger une identité aussi. Je n’ai jamais eu un très bon sens de ce qui est «moi». J’ai toujours utilisé ma capacité à jouer des rôles pour présenter un nouveau visage à chacun, à tel point que je m’y suis perdue, et ne savais plus quel était le masque et quel était le visage.

Parfois, j’étais une jeune fille un peu timide et intimidée, qui « worshipait » une collègue de travail.

Parfois j’étais folle à lier.

Parfois j’étais une véritable nerd, une miss je-sais-tout dont le monde tourne autour des études.

Parfois j’étais une p’tite punk qui adorait parler aux itinérants, se faire croire qu’elle comprenait la pauvreté et jouer les dures.

Parfois j’étais solitaire et gênée.

Parfois j’étais extravertie.

Parfois j’étais une bonne petite butch.

 

Comment trouver la vérité quand on ne sait pas à quoi elle ressemble?

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