Articles Tagués ‘écriture automatique’

Divers exercices d’écriture faits dans diverses circonstances, qui m’ont diverti, m’ont fait réfléchir ou m’ont rendue fière, et que je met ici pour pouvoir les (re)garder. À part les quelques fautes occasionnelles que j’ai pu détecter, rien n’a été changé.

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I- LE TABLEAU

Critère: écriture automatique, commençant par «Le tableau noir»

«Le tableau noir se salit au fur et à mesure des mots qu’on y écrit car il s’agit d’un cours lourd et chargé sous la poussière intellectuelle chargé quoi dire quoi faire hésitation toujours salir ce qui est venu avant»

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II- L’AMAZONE

Critère: écriture automatique à partir d’une première phrase complète [mise en gras].

«Par une belle matinée du mois de mai, une élégante amazone parcourait, sur une superbe jument alezane, les allées fleuries du Bois de Boulogne. Hey, se dit-elle, une prostituée au pied d’un arbre. Pas étonnant, on est bien au Bois de Boulogne non? Encore étonnant qu’elle ait pas une seringue encore plantée au bras, un petit filet de sang entre les tendons. Salut ma belle, comment va le commerce aujourd’hui. Ma jument piaffe, faut toujours qu’elle se fasse remarquer celle-là. C’est pas toi qui l’intéresse, chose, calme tes sabots à moins d’avoir une seringue plantée dans tes chairs, j’veux pas l’entendre. « Ça va pas pire » dit la petite pute. Cool, hey, as-tu vu j’ai une fleur dans les cheveux, un iris je crois, tu ferais pas fureur avec ça? Avoue que tu la veux ma belle fleur. Non, c’est pas toi que j’appelle fleur, arrête de piaffer, merde, pourquoi les amazones portent pas d’éperons, tu mériterais un bon coup de bling-bling dans tes flancs moisis, maudite jument folle, tu me déconcentres, je parlais à la petite pute avec la jupe trop courte. Hey, pourquoi t’as pas une seringue dans ton joli bras blanc»

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III- LA FLAQUE

Critère: écriture automatique, aucune contrainte.

«Une flaque d’eau sur le rivage de la mer, il s’y noit des milliards de grains de sable, molécules flottantes parmi les algues. On y met le pied et on sacre, tabarnak pas encore, osti d’océan à marde, j’ai les chaussettes mouillées osti. Oublions le fait qu’on a pas regardé devant soi et que dans le fond, c’est notre faute, hey, c’est pas ma faute, c’est celle d’Antoine, seigneur de Kamouraska, c’est toujours de sa faute il ne demandait qu’à mourir. C’est probablement lui qui a poussé ce cri strident qui m’a fait tourner la tête et l’attention au moment fatidique où mon pas m’a porté en plein milieu d’une câlisse de flaque d’eau croupie. Pis me demande pas pourquoi j’ai mis des running shoes pour marcher sur la plage, c’était pas prévu ok? J’étais parti acheter du pain, des oeufs pis du colorant alimentaire»

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IV- ÉCONOMIE

Critère: Je ne m’en souviens plus très bien, ça fait longtemps. Écriture automatique sur un sentiment de colère, je crois.

«Ça va faire, la mauvaise qualité de toutt squi nous zentoure! Avant on gardait un micro-ondes pendant des décennies, avant notre baladeur durait des années maintenant si mon MP3 fonctionne encore après 2 ans I’m all over myself wow, quelle qualité. D’la marde criss.

C’EST TOUTT D’LA MARDE MAINTENANT

le pire c’est quc’est voulu, ils fabriquent

quand je dis ils vous savez de qui je parle quand je dit ils of course, les grosses légumes, le 1%

toutt nos objets pour qui cassent après 3 secondes ou plus précisément 2 mois après la fin dla garanti c’est

FUCKING

frustrant. C’est une décision économique

of course c’est TOUJOURS économique merde, pas étonnant.

fin de la parenthèse

économique car ça nous oblige à acheter plus toujours plus»

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V- PASTICHE DE DUCHARME

Critère: nous avons été présentés à un extrait de 3 pages du roman L’hiver de force, de l’auteur québécois Réjean Ducharme, puis il fallait écrire un court texte en le pastichant, c’est-à-dire en imitant son style d’écriture le plus possible, en écrivant comme lui (plus spécifiquement, comme lui dans CE texte). Sujet libre.

«Ça fait que, on sait plus trop où est-ce qu’on est rendus, on est perdus, condamnés à courir après nous-même comme des chiens après leur queue, et ce depuis le début de l’humanité et jusqu’à la fin des temps, jusqu’à ce que le Soleil mute en supernova et nous brûle tous comme de misérables petites saucisses imbues d’elles-mêmes et grésillantes. On cherche autour de nous une raison à notre existence, on interroge le ciel, les nuages les arbres alouette… On lit Nietzche et Platon et Freud et la Bible, puis on est apaisés jusqu’à la prochaine fois où on se réveillera en pleine nuit (haletant et suant d’un rêve vraiment terrifiant dont on ne se souvient plus) et que jusqu’au matin on fixera le mur, le plafond et l’envers de nos paupières, détruisant ainsi toute tentative d’oublier le fait qu’on est rien, qu’on a jamais rien été et qu’on ne sera probablement rien dans vingt ans non plus, si on vit jusque là…»

L’inspiration brute est à la limite de l’écriture automatique. Et parfois elle nous vient des plus étranges endroits. Un soir, devant le miroir, un sentiment particulier, indéfinissable, à la limite de la dysmorphie, m’envahit. Ce n’est pas nouveau; mais soudainement toute retenue disparaît et il n’y a que l’émotion brute un peu rêche, un peu laide, mais si authentique qu’elle fait mal et qu’il faut l’exorciser sur le papier. Étonnement les premiers mots qui sortent viennent du célèbre meme  »That awkward moment when… », et évidemment le reste sort aussi en anglais, parfois ça aide à créer la distance nécessaire pour écrire. Le résultat est maladroit et mal construit, le rythme est essoufflant et ça ne part de rien pour ne mener à rien, et ne parlons même pas de la ponctuation et de l’usage exagéré de  »and »!; mais voilà, c’est presque de l’écriture automatique, c’est comme ça. Ça me plaît, c’est vrai, brute, un peu rude mais authentique.

 

That awkward/scary moment when you stop seeing yourself and start seing a body… when you see only an arrangment of flesh and bones and hair and teeth, when you realise you are what the biology books were talking about, and you look into the mirror and all you can see are body parts… and you realise there’s a skull inside your head right now, and it creeps you out and you want to run but you can’t…

And inside your eyes there is liquid, and there are nails on your finger and tiny tiny pores all over, and you think about that prosthesis you saw at the dentist’s and it’s in your mouth, there are teeth and gums and god, I can feel my tongue, and it’s moving, and you can feel the blood pumping through your heart and rushing into veins and arteries and there is so much blood, you are drowning in it. Now it’s in  your lungs and it takes oxygen, and it’s like tiny bubbles traveling in your system, and that’s what you are anyway, a system, a machine, and now the machine is sentient and knows itself and now what?

 

Voilà. Je le note ici pour ne pas le perdre, et parce que je suis étonnée de la quantité de poèmes, textes et autres que j’ai composés à partir d’un sentiment dysmorphique. C’est un peu étrange. Il faudrait que je les note tous ici, histoire de les comparer.