Articles Tagués ‘it gets better’

Je dois m’avouer quelque peu troublée par mon retour sur ce blog.

Je ne l’ai pas relu depuis 2012, ce qui nous amène donc à presque 3 ans d’absence. Ce n’est pas vraiment étonnant, puisque je n’ai jamais démontré la moindre fidélité envers Lady Monologue ni aucun des autres blogs que j’ai entretenus par le passé. Un blog, comme un vieux vêtement gardé par nostalgie, n’est qu’un vestige, sans la moindre possibilité de survie utile une fois passé du garde-robe aux boîtes à souvenir.
Alors pourquoi y revenir, cette fois? Soyons honnête, ce n’est pas à cause de la popularité (inexistante) qu’il a eue! Mais y organiser mes pensées et quelques unes de mes innombrables listes m’a été d’une grande utilité. Il m’a servi d’archive pour certains de mes textes qui ne méritaient pas d’être conservés de façon permanente sur un fichier Word. Il m’a permis de m’exprimer sur des sujets qui, là encore, ne le méritaient pas réellement mais sur lesquels garder silence me semblait pesant. C’est bien pour cela que je l’ai créé: soulager mon entourage d’une partie des inanités qui me tournent sans cesse en tête.

Il faut croire que je suis de nouveau à une période de ma vie où la quantité monstrueuse de monologues qui me passent en tête mérite d’être réduite par ce merveilleux exorcisme qu’est l’écriture d’un blog peu lu. Soit!

Tellement de choses ont changé dans ma vie que je ne me sens même pas le cœur de les énumérer (sans compter la parfaite inutilité de l’exercice). Mais, comme l’annonçait la première phrase de ce glorieux post de retour, je suis troublée de me relire. C’est un mélange de nostalgie, de soulagement (de ne plus être dans le même état d’esprit qu’alors) et de reconnaissance envers ma «nouvelle» vie.

Je me contenterai d’un petit follow-up sur mon texte sur le suicide: le temps a bien réglé les choses. Je ne redeviendrai jamais la naïve merry-go-happy pré-adolescente que je fus, mais oui, It Gets Better. It even gets Good. Pretty Good, even. Ça fait plaisir de le réaliser.

 

Je suis incapable de dire à un suicidaire de ne pas commettre le geste fatal. Je suis même incapable de dire à une survivante que je suis contente qu’elle ait survécu à sa tentative. Ça me bogue. Me paralyse. J’ai l’impression profonde que je n’ai pas le droit –que ce serait inacceptable— de demander à quelqu’un de ne pas prendre une décision qui est, au fond, si, si personnelle. Pour moi, il est parfaitement interdit de demander à une personne souffrante (nous pourrions ici faire un lien avec l’euthanasie et le suicide assisté, et je crois que ça mérite réflexion) de continuer à souffrir, juste parce que la perdre me ferait du mal. Ça serait, dans mon esprit, profondément égoïste.

Je crois que c’est parce que j’ai moi-même, pendant longtemps, considéré le suicide comme une option. Comme un choix, une décision possible. Je ne me sens pas le droit de refuser aux gens cette alternative alors que moi-même, j’ignore encore si je regrette ne pas l’avoir choisie. Je rectifie: je ne suis plus suicidaire. Je n’ai plus l’envie quotidienne, écrasante, de m’échapper de cette vie en y mettant fin. Mais je ne suis pas pour autant rendue à un point de ma vie où je suis activement heureuse de ne pas l’avoir fait. Je ne suis plus en dépression, c’est un fait. Je n’ai plus juste des «mauvais jours».  Mais je ne suis pas encore, à mon avis, vraiment heureuse. Je ne suis pas capable de dire «Je suis tellement contente de ne pas m’être tuée! Si je l’avais fait, jamais je ne serais ici, maintenant, dans cette situation. Jamais je n’aurais connu cette vie. Pour moi, toutes les souffrances que j’ai endurées plutôt que d’y mettre fin, ces périodes si noires, auront totalement valu la peine, parce que maintenant, ma vie vaut la peine d’être vécue!».

–Ok, j’exagère peut-être un peu le bonheur de cette moi imaginaire. Mais le fait reste que si là, maintenant, je devais revenir dans le temps et retrouver cette jeune Lady Monologue qui se questionnait sur le genre et la quantité de médicaments à prendre pour mourir, je ne pourrais pas, en toute connaissance de cause, lui dire sans mentir «It Gets Better!». Enfin, oui, je pourrais lui dire «better» (TOUT est better que ça). Mais «good»? Pas encore. Éventuellement, oui, mais pas encore.

Je sais à quelle incommensurable douleur le suicide peut nous arracher. Je sais que lorsqu’on est au milieu de ça, il nous semble qu’il n’y ait rien, absolument rien au monde qui en vaille la peine. Que même le simple espoir, la simple possibilité d’un jour s’en sortir est impossible à trouver.

Et donc, je ne me sens pas la permission de demander à quelqu’un de ne pas se tuer. Parce que moi aussi, dans le fond, je ne suis encore qu’en train de donner une deuxième chance à la vie, et à attendre qu’elle me prouve qu’elle vaut la peine.

Malheureusement (pour moi, eux, et pour ce que cela révèle du monde dans lequel nous survivons), j’ai souvent été confrontée à cette douloureuse situation d’apprendre les envies suicidaires, le plan prochain, ou la tentative ratée d’un-e ami-e, connaissance et même, une fois, d’un parfait inconnu. Et même si, au fond de moi, j’aimerais tellement dire à ces personnes de ne pas le faire, de résister, de s’accrocher, d’espérer que la situation évolue et que le bonheur soit à nouveau possible, même si je suis terrifiée à l’idée que mon silence compatissant convaincque quelqu’un de se suicider, je reste incapable de parler. Je n’en ai pas le droit, pas encore.

Once, my shrink told me that, of all the suicide survivors he had interviewed, every last one of them was glad that it hadn’t worked out. « And what about the ones who succeeded? » I asked. « Well, we can’t interview them, » he calmly replied. Don’t be so sure, I thought.

The Asylum for Wayward Victorian Girls, Emilie Autumn

Le jour où j’aurai vraiment la preuve que, oui, je suis contente de ne m’être accrochée, que vivre en vaut véritablement la peine, qu’on peut s’en sortir, je parlerai. Mais pas avant, et crois-moi bien, Humanité, ça ne me fais pas plaisir à moi non plus.