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Aujourd’hui, Humanité, je sens le besoin de te parler du peuple québécois, et d’une de ses caractéristiques dont, franchement, il pourrait bien se passer, et n’en serait que mieux. Je parle de cette tendance qu’ont les québécois à rabaisser quiconque réussit, grâce à son talent, son argent ou une bonne fée marraine, à s’élever au dessus de la mêlée, au dessus du troupeau –de (et cela sera le sujet principal d’une prochaine chronique) cette culture de la médiocrité ambiante qui s’infiltre dans tous les secteurs de la vie privée et de l’espace public québécois. Et puisque je sens bien qu’une telle accusation se doit d’être illustrée par un fait concret, à défaut duquel elle sera qualifié de mensongère (et encore…), je citerai la dernière publicité télévisuelle des fromages P’tit Québec.

Publicité du P’tit Québec

Cette publicité est sans aucun doute une référence directe (et, oserai-je le dire, une attaque) à Xavier Dolan, le réalisateur et acteur québécois ayant fait «un tabac» partout dans le monde avec ses deux premiers films, J’ai tué ma mère et Les Amours imaginaires. On y voit, devant un tableau style Pop Art le représentant, un sosie de Dolan (tout y est: coupe de cheveux, lunettes, foulard hipster) se vantant avec un faux accent français des offres qu’on lui a proposé à New York, de la «pression terrible» exercée sur les gens de la publicité, de ses grandes ambitions, etc, tout en étant observé d’un oeil blasé par une sosie de son amie, la comédienne Monia Chokri (qui joue le personnage principal féminin des Amours imaginaires), avant qu’une voix off affirme que «tout le monde aime le P’tit Québec, même les p’tits fendants»…

Suis-je la seule à être outrée de ce rabaissement?

Qu’on s’entende –je n’ai rien contre l’imitation humoristique de figures publiques. Et si ce numéro avait été joué dans un spectacle d’humour, ou comme sketch d’une émission de télévision, je n’y aurais pas fait attention. Mais depuis quand des entreprises de fromage se moquent-elles des personnalités publiques dans leurs publicités? Cette publicité fait partie d’une série de trois, comprenant, en plus du «P’tit Fendant», la «P’tite Parfaite» et le «P’tit Crosseur». C’est la seule des trois qui présente, au lieu d’un archétype, la parodie d’une personne réelle.

À ceux qui affirmeraient qu’il ne s’agit que d’un hasard, je répond que je ne crois pas au hasard quand il s’agit de publicité. C’est un secteur sérieux, où les agences se concentrent longuement sur le message qu’elles souhaitent envoyer. Il n’y a pas de hasard en publicité, quiconque a déjà entendu parlé de message subliminal sait que, bien que ceux-ci soient, à ma connaissance, bannis des écrans, la publicité ne manque pas de moyens de faire passer son message. Donc non, pas un hasard, pas une coïncidence.

Pourquoi, donc, s’attaquer à Xavier Dolan, le «p’tit fendant»?

«Le P’tit Fendant». La réponse se trouve, selon moi, dans cet épithète qu’on lui attribue. Parce que Dolan parle dans un français international –pas un accent français! mais bien souvent les québécois, je le sais d’expérience, confondent francais correct et français «de France», c’est-à-dire, dans la psyché québécoise, snob–, parce qu’il a un succès qui semble si facile, une aisance, une attitude si laid-back, parce qu’il fait partie d’un milieu intellectuel, artiste, et peut-être même, on pourrait aller jusque là, élitiste.

Pour moi, cette image qu’il envoie au monde est justement la raison pour laquelle une compagnie de fromage peut en faire une parodie sans problème. Xavier Dolan a réussi, et il ne s’en cache pas. Pour moi, c’est la preuve parfaite de la propension des québécois à vouloir à tout prix rabaisser l’un des leurs qui réussi à s’élever au dessus d’eux.  Au Québec, «tout le monde il est fin, tout le monde il est beau»! On cultive la médiocrité comme d’autres les paquerettes. On accuse Pauline Marois, parce qu’elle a de l’argent, parce qu’elle parle bien, se tient droite, porte des foulards de soie, d’être «froide», «guidée», «snob», de ne pas être «près du peuple» –près du sol, dans la boue? Je n’y vois pas un hasard. Je crois sincèrement (et je ne suis pas la seule, pour ce que ça peut bien valoir) qu’au Québec, le peuple accepte plus aisément la médiocrité que le contraire. Élevez-vous au dessus du troupeau, et quelqu’un se hâtera d’appuyer sur votre tête pour vous ramener dans la mêlée. Il vaut mieux être médiocre qu’être «fendant» quand on est québécois.

Évidemment, il s’agit d’une généralité, et comme toute généralité elle ne s’applique pas à tous. Mais j’ai eu envie d’en parler, parce que sincèrement, cette pub m’a énervée. J’espère que je ne t’ai pas trop outrée, Humanité chérie.