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Aujourd’hui, Humanité, je te présente un nouvel exercice d’écriture, fait il y a quelques mois. Il n’y avait qu’une contrainte: autoportrait. Cet exercice a plus tard été retravaillé. J’en ai enregistré une lecture, car je crois qu’il est plus intéressant à entendre qu’à lire, mais la qualité de l’enregistrement est si médiocre que je n’oserai pas le mettre sur internet, même si ce n’est que mon humble blog. Peut-être plus tard…?

Le masque

Vous croyez voir mon visage; vous ne voyez qu’un masque.

Il est à la fois mon arme et mon bouclier. J’ai l’air de m’en foutre, que rien ne peut m’atteindre, d’être au dessus de tout. Ni joie ni tristesse; un mur de verre qui me sépare du monde et de ses pluies acides. C’est le jeu du «je n’ai pas besoin de toi». Mon plus grand rôle. Mon terrible chef-d’œuvre.

Quand on ressent tout trop fort, quand la moindre brise est un hurlement à nos oreilles, on n’a pas le choix de s’emmurer en soi. Sinon, on se noie. Le monde nous engloutit, pénètre nos yeux et nos narines, s’engouffre dans notre gorge comme un torrent brûlant. Nous étouffe et nous écrase de l’intérieur. Je le sens, là, sous mon sternum, une pression terrible que je retiens d’une main : le monde tout entier, comprimé en moi et qui menace de me fissurer.

J’ai déjà entendu dire des gens comme moi que nous sommes l’équivalent émotionnel des grand brûlés. Le monde qui nous frôle, à fleur d’une peau écorchée qui ne protège de rien, est une cruelle morsure. Quand la vie m’assaille de ces myriades d’épines émoussées qui sont notre lot quotidien, je saigne et trébuche. Une goulée de l’air vicié du monde suffit à débalancer ma fragile contenance.

Nous vivons en parallèle, sans jamais nous rencontrer. Sous mon masque, je suis en ébullition, mais l’écume reste cachée derrière mes dents serrées. Inutile de chercher mon œil pour y trouver la vérité; il est noir et opaque comme de l’eau croupie (pourtant les images s’y cramponnent comme des sangsues tétant le sang chaud de la mémoire). J’étouffe, je me noie. Un regard, un mot, une odeur suffit à m’engloutir à nouveau, comme une vague qui rase la berge à peine mousseuse de verdure. Je lutte, me débat dans la tempête. Chaque respiration est un peu plus oppressée que la précédente. L’eau emplit mon poumon.

Le lendemain, il faudra tout recommencer.

C’est la mascarade quotidienne, une terrible routine. Chaque jour je frôle la noyade, chaque matin je me jette à nouveau dans l’océan.

Mais vous n’avez rien vu de tout cela. J’étais cachée sous mon masque.

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J’imagine que je n’ai pas besoin de mentionner que j’étais dans une mauvaise période…

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C’est souvent dur de se débarrasser de vieux réflexes, ou même de réflexes relativement nouveaux mais qui nous ont marqué profondemment.

Aujourd’hui, Humanité, je te parle de poids.

Quand, il y a quelques semaines, j’ai constaté que j’avais pris un peu de poids, j’ai d’abord été inquiète et nerveuse. Pas beaucoup, parce qu’après tout je suis très mince et que ce n’était que 2-3 livres, mais le fait reste le même: mon sentiment n’était pas un sentiment positif.

Pourtant –et c’est là que c’est bizarre– je suis complexée par ma minceur. Je trouve les femmes plus grosses que moi beaucoup plus attirantes. Mes goûts personnels vont plus vers la femme avec des belles formes. Les « squelettes » (comme on m’a souvent appelée) ne m’attirent ni, même, ne me plaisent d’un point de vue purement esthétique. Il m’est arrivée une fois d’être à un nightclub, de danser, m’amuser, puis de remarquer près de moi une fille superbe, dansant non loin, et de me dire, « oh god je dois avoir l’air tellement ridicule de danser sans avoir de cuisse, de fesse, de sein, de ventre… » J’adorais mon dos, il y a plusieurs années, je le trouvait bien fait, j’aimais porter des vêtements décoletés en arrière. Maintenant je suis complexée en voyant mes omoplates, mes vertèbres. J’ai un peu honte.

Bref –rien de mes opinions et goûts personnels ne devrait m’entraîner à être nerveuse par une prise de poids –au contraire! Et après le réflexe initial, j’en étais contente! Mais pourquoi ce réflexe? Est-ce que les quelques mois, il y a 2 ans, durant lesquels j’ai flirté avec le monde pro-ana, pro-mia ont suffit à changer ma pensée?

Peut-être. C’est vrai que la pensée pro-ana est une véritable sangsue, une ventouse qui s’accroche à vous et vous suce de toute substance jusqu’à ce que vous n’exstiez plus que pour elle. Je sais que les gens qui ont souffert de troubles d’alimentation restent souvent marqués à vie, il y aura toujours cette petite voix au fond qui chuchotera des paroles d’auto-destruction en se cachant sous un idéal de beauté. Mais moi, je n’ai même jamais eu de trouble d’alimentation… j’ai eu la chance de m’en détourner à temps, avant que la ventouse puisse m’accrocher assez fermement. Ça m’a laissé une très mauvaise opinion des monde pro-ana et pro-mia, quelques complexes de plus, mais au final je m’en suis bien sortie.

Plus j’y pense, et plus je suis convaincue que cette peur réflexe de grossir est liée à mon image de moi-même en tant qu’individu… je m’explique: depuis plusieurs années, je suis plus mince que je ne l’ai jamais été, assez mince pour recevoir une quantité monstrueuse de commentaires (souvent dénigrants) sur mon poids. Je suis un « squelette », ma cage thoracique un xylophone, je devrais manger plus, as-tu mangé aujourd’hui? Es-tu sûre que tu as mangé?, mes omoplates sont des ailes de poulet (!), je devrais vraiment arrêter de porter des pantalons à taille haute parce que je n’ai pas de fesse et c’en est ridicule, j’ai des petits bras maigres, donc évidemment aucune force, pff! des baguettes! tu appelles ça des jambes?, j’ai la peau sur les os, je ne suis pas normale, ce n’est pas beau, tu devrais manger de la viande, tu te nourris mal, tu vas tomber malade, un souffle de vent pourrait t’emporter, et es-tu vraiment certaine que tu as mangé?

Tu vois un peu le tableau, Humanité.

Je crois qu’au final, j’ai associé cette image de la fille mince, voire même maigre, à l’image que j’ai de moi. Comme pour un personnage d’un livre qu’on imagine d’une certaine façon: si l’illusion de son physique est brisée, l’identité même de la personne l’est aussi. Je suis un peu comme le personnage mince. C’est un fait que j’ai accepté, et je réalise que même si mon idéal de beauté est plus gros que moi, je ne pourrais pas me voir à ce poids parfait… je ne serais tout simplement pas « moi ». On dirait que j’ai associé mon aspect physique présent à mon « moi » le plus profond, à mon identité en tant que personne, qu’être humain. Je ne pourrais pas me voir autrement. J’aurais l’impression de devoir changer de personnalité. Changer de personnage…

Je me demande si c’est normal, si tout le monde se fixe une image immobile de leur corps et l’associe de façon irrémédiable à leur personne. Si tout le monde joue un personnage. Ou si c’est encore une autre preuve de ma foutue incapabilité de me forger une idée de ce qu’est « moi ». Techniquement c’est une des caractéristiques des borderline, «perturbation de l’identité, instabilité marquée et persistante de l’image ou de la notion de soi». Ça m’énerve quand les psychiatres ont raison, oh que ça m’énerve!…

Donc voilà. Je ne sais pas où je m’en vais avec ce post. J’imagine que je complique tout pour rien (dire que ça m’arrive souvent est un grossier euphémisme). Je suis juste un peu troublée de voir à quel point mon image de moi, ma personne, et mon idéal de beauté sont incompatibles. Ce n’est pas nécessairement un drame. Juste une autre bizzarerie.

Est-ce que vous savez qui vous êtes? Êtes-vous un personnage dans le roman ou le film de votre vie? Est-ce que « moi » a la moindre signification réelle?

Est-ce que je suis quelque chose, ou juste une ombre dans le brouillard?